Capitalisant sur la peur provoquée par la pandémie, les sociétés font la promotion des substituts du lait maternel auprès de millions de mères et de familles vulnérables

L’allaitement est la meilleure source de nutriments pour les nouveau-nés et les nourrissons.

Les fabricants de substituts du lait maternel capitalisent sur la peur liée au COVID-19 en utilisant des allégations de santé et des informations erronées sur l’allaitement maternel, pour tromper des millions de mères allaitantes et les inciter à utiliser des substituts du lait maternel, comme le montre une nouvelle étude de leurs matériels et activités promotionnels dans les principales régions du monde. Les programmes Alive & Thrive du monde entier ont collaboré à la réalisation de cette étude.

Lisez le résumé et le texte intégral de la recherche ici.

« Ces tactiques ne sont pas nouvelles, mais la pandémie leur a fourni un nouveau point d’entrée, aidé par le boom sans précédent du marketing numérique », a déclaré Roger Mathisen, Directeur du programme Alive & Thrive en Asie du Sud-Est et co-auteur de l’étude. « Ces tactiques violent clairement le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel, et sont inadmissibles à un moment où les mères et les familles sont particulièrement vulnérables ».

« L’allaitement maternel et ses avantages nutritionnels et protecteurs pour la santé sont particulièrement importants dans le contexte du COVID-19, car la pandémie met à rude épreuve les systèmes de soins de santé et accroît l’insécurité alimentaire, particulièrement dans les pays à revenu faible et intermédiaire », a ajouté Manisha Tharaney, Directrice des programmes Alive & Thrive en Afrique de l’Ouest.

L’allaitement maternel est essentiel à la santé et à la survie de la mère et de l’enfant, et la protection qu’il confère persiste jusqu’à un âge plus avancé dans la vie. La commercialisation inappropriée des substituts du lait maternel, des biberons et des tétines menace l’environnement favorable à l’allaitement et exacerbe la mortalité, la morbidité et la malnutrition infantiles, particulièrement dans le contexte du COVID-19. Les coûts de ne pas allaiter sont bien connus.

Les chercheurs des programmes Alive & Thrive dans les régions de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique de l’Ouest ainsi que des bureaux nationaux des Philippines et du Burkina Faso ont collaboré pour examiner diverses activités promotionnelles des sociétés. Ils ont examiné les activités et le matériel promotionnel des sociétés de BMS datant du 30 janvier 2020, date à laquelle l’OMS a déclaré que le COVID-19 était une « urgence de santé publique de portée internationale ».

Le matériel promotionnel, en plusieurs langues, est apparu sur Internet (par exemple, les blogs sur l’alimentation des nourrissons et la nutrition des enfants, les médias sociaux, les sites web des sociétés), dans les magazines imprimés, dans les informations envoyées aux réseaux de responsables et de professionnels de la santé, dans les établissements de santé et dans les magasins de vente. Parmi toutes les données recueillies, des exemples faisant directement ou indirectement référence à la pandémie du COVID-19 ou coïncidant avec celle-ci ont été sélectionnés pour une analyse plus approfondie.

Au total, le matériel et les activités promotionnelles de neuf sociétés dans 14 pays ont utilisé diverses tactiques de communication pour commercialiser les substituts du lait maternel. Les messages ont atteint des millions de mères et de familles.

« Ces tactiques montrent un mépris évident pour la santé des mères et des enfants », a déclaré M. Tharaney. Les sociétés ont utilisé des stratégies telles que les dons aux gouvernements à un moment où ceux-ci sont déjà vulnérables.

« Il est alarmant que les sociétés – pleinement conscientes de l’importance de l’allaitement pour la santé de la mère et de l’enfant – fassent la promotion de leurs produits lors d’une urgence de santé publique, précisément au moment où les nourrissons ont besoin de la meilleure alimentation et de la meilleure protection disponibles – l’allaitement maternel ».

Les auteurs proposent d’utiliser les résultats du suivi pour éclairer les actions de l’Assemblée mondiale de la Santé (AMS), qui, lors de sa réunion prévue en mai, marquera le 40ème anniversaire du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel. En outre, les résultats devraient être utilisés pour une application ciblée et pour lutter contre la désinformation sur l’allaitement maternel dans le contexte du COVID-19. A plus long terme, les auteurs ont déclaré qu’il fallait faire davantage pour responsabiliser les plateformes de médias sociaux, sensibiliser le public au Code et mobiliser la surveillance communautaire.