Le COVID-19 et la nouvelle donne pour la pratique de la NMNJE

La distanciation sociale dans un hôpital au Viet Nam est un exemple de modifications de la prestation de services dues au COVID-19.

Lors d’une récente réunion virtuelle des parties prenantes en Asie du Sud-Est, qui discutait d’un nouveau programme pour la nutrition des mères, des nourrissons et des jeunes enfants, la modératrice s’était bien préparée : Elle faisait les enchaînements entre les différents sujets avec des citations sur le changement.

« Nous avons été mis au défi de faire les choses différemment et cet atelier n’est pas différent », a déclaré Jane Banda, modératrice et nutritionniste qui a travaillé avec Alive & Thrive sur un certain nombre d’initiatives.

L’un des enchaînements était le suivant : « L’art de vivre est un réajustement constant à notre environnement – et tu parles, en 2020 que n’avons-nous tous eu à nous adapter constamment à notre façon de vivre, de travailler, de jouer et de nous connecter avec les gens ! Dans un autre enchaînement, elle a cité l’entrepreneur Richard Branson : « Chaque réussite est une histoire d’adaptation, de révision et de changement constants ».

Le point était clair : la pandémie du COVID-19 a forcé les programmes de nutrition à s’adapter aux changements dramatiques que la maladie a entraînés, perturbant des aspects critiques de la vie qui à leur tour affectent la nutrition : moyens de subsistance et systèmes alimentaires, systèmes de santé et programmes gouvernementaux.

Les mesures de distanciation sociale visant à prévenir la propagation du coronavirus ont mis un terme aux événements et activités en personne de toutes sortes – des ateliers et conférences aux visites de dispensaires et de marchés (et de tous les lieux intermédiaires). La nécessité de réagir a conduit les gouvernements et d’autres institutions à modifier leurs budgets. La nature aérienne de la transmission du virus a conduit à de nouvelles orientations pour le changement de comportement – en général, pour tous ceux qui se rendent dans les espaces publics, et plus particulièrement pour les mères qui allaitent, entre autres.

Au Nigéria, un groupe WhatsApp permet aux agents de santé de répondre aux questions et de fournir des informations aux femmes enceintes et aux femmes ayant récemment accouché.

« L’impact du COVID-19 sur la NMNJE est très spécifique au contexte », a déclaré Roger Mathisen, Directeur régional du programme Alive & Thrive en Asie du Sud-Est. « Nous avons dans notre région des pays comme le Viêt Nam et le Cambodge qui n’ont pas eu de nouveaux cas pendant des semaines ou des mois et où les choses se passent plus ou moins comme d’habitude, et des pays comme l’Indonésie, les Philippines et le Myanmar qui ont un nombre élevé de cas et des restrictions massives ou même des ordonnances de confinement à domicile généralisées (Myanmar) ».

En Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso et le Sénégal ont connu une forte augmentation du nombre de cas de COVID-19 en mars et avril et les cas se sont rapidement répandus dans les 17 pays de la région. Toutefois, début avril, de nombreux gouvernements d’Afrique de l’Ouest avaient fermé les aéroports et les frontières, mis en œuvre des mesures de distanciation sociale, notamment des couvre-feux, et adopté des politiques de port obligatoire de masques.

La région a été beaucoup moins touchée pour des raisons qui ne sont pas encore claires ; cependant, cela doit être interprété avec prudence car les données des tests peuvent être incomplètes, a noté Manisha Tharaney, Directrice de programme du Bureau A&T pour la région.

« De nombreux gouvernements d’Afrique de l’Ouest ont rouvert leurs services et les commerces en mai et juin », a-t-elle déclaré. « Ils ont suivi des protocoles de distanciation sociale lors des réunions et ateliers et ont travaillé à distance dans la mesure du possible, mais dans quelques pays, les affaires continuent comme d’habitude ».

Cependant, le virus a eu un impact sur la vie quotidienne des gens dans toute la région et sur les moyens de subsistance ; les zones urbaines particulièrement, où l’activité commerciale a chuté de manière significative, en ont souffert.

Au-delà de la réponse immédiate, le COVID-19 aura des répercussions multisectorielles à long terme, a conclu une étude mondiale de l’USAID, « Over the Horizon ». L’étude a conclu que la pandémie est « une crise sanitaire d’une ampleur énorme » : le COVID-19 submerge les prestataires, les établissements et les chaînes d’approvisionnement de soins de santé. Au-delà de l’impact direct du virus, le fardeau d’autres maladies pourrait s’alourdir. Par exemple, près de 120 millions d’enfants risquent de manquer de vaccin contre la rougeole cette année ». En outre, l’on s’attend à ce que plus de 132 millions de personnes connaissent une insécurité alimentaire chronique.

De toute évidence, de la prestation de services à la recherche, les programmes de nutrition ne fonctionnent plus comme d’habitude – en fait, il n’y aura probablement plus de « comme d’habitude » pendant un certain temps. Alors, qu’est-ce que le nouveau contexte exige des praticiens de la nutrition?

Prestation de services mobiles. Dans l’Etat de Kaduna, au Nigéria, l’utilisation de plateformes mobiles a permis aux travailleurs de la santé de transmettre des messages sur la diversité alimentaire aux participants d’un programme visant à améliorer la diversité alimentaire chez les enfants de 6 à 23 mois en ciblant les pères et les chefs religieux. Les messages étaient transmis par SMS et dans des groupes WhatsApp. Des équipes au Bangladesh ont également adapté une initiative qui reposait sur des visites face à face en mettant au point un service de « NMNJE mobile » pour les participants. La croissance significative de la possession de téléphones portables et de la couverture des communications par téléphone portable au cours de la dernière décennie a rendu ces innovations possibles. La radio communautaire, qui touche des millions de personnes dans de nombreuses zones rurales à travers le monde, pourrait également servir de plateforme, ont fait remarquer les équipes.

Rencontres virtuelles. Peu de temps après l’entrée en vigueur des politiques et des interventions de distanciation sociale à l’échelle mondiale, les réunions en personne sont devenues impossibles – les organisateurs ont simplement annulé les rencontres en personne. Mais bien que les acteurs de la nutrition fussent empêchés de se déplacer, les webinaires leur ont permis de continuer à rencontrer des collègues du monde entier pour partager des informations et des connaissances. En raison du rôle important qu’ils jouent pour aider les gens à se connecter, A&T a mis en place un calendrier de webinaires d’intérêt pour les parties prenantes. Signalez-nous un webinaire intéressant: envoyez-nous un e-mail ou partagez-le sur les réseaux sociaux en utilisant le hashtag #OnlineMIYCN.

e-learning. En 2019, Alive & Thrive a lancé un centre d’apprentissage en ligne sur l’ANJE proposant un cours sur les pratiques d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants intitulé « Investir dans la nutrition des enfants« . Ce cours complet comprend maintenant les dernières recommandations pour l’allaitement maternel à l’ère du COVID-19. Bien que l’accès soit limité par la connectivité, les cours d’apprentissage en ligne permettent de poursuivre la formation à une époque où les ateliers de formation en personne sont impossibles ou du moins très limités. Les inscriptions à ce cours ont augmenté depuis la pandémie. Il est basé sur le cours combiné de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’évaluation de la croissance et le counseling en matière d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants, avec un contenu complémentaire de l’OMS, de l’UNICEF, du Global Health Media Project et du Raising Children Network (Australie).

Au Viet Nam, l’influenceur populaire Quang Dang a participé à un concours de danse pour célébrer la Journée mondiale de l’alimentation avec le soutien d’Alive & Thrive.

Des cours similaires permettent aux participants d’accéder à des informations et à des connaissances qui ne seraient pas disponibles autrement. Mais les cours nécessitent une connexion internet, ce qui constitue un obstacle important pour des millions de personnes, particulièrement dans les pays à faible et moyen revenu. Certains cours ont été mis à jour pour tenir compte des directives sur le COVID-19, tandis que d’autres, comme la série de cours de la Friedman School of Nutrition Science and Policy de l’université Tufts, ont introduit des formations en ligne spécifiques au sujet.

Utilisation des médias sociaux. Twitter, Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat et d’autres plateformes de médias sociaux offrent de nombreuses opportunités pour diffuser des messages de NMNJE. En l’honneur de la Journée mondiale de l’alimentation 2020, A&T s’est associé à l’influenceur vietnamien populaire Quang Dang pour lancer un concours de danse sur Tiktok afin de sensibiliser à l’importance et aux avantages de l’allaitement maternel. Les programmes peuvent utiliser les plateformes numériques pour atteindre les publics avec des informations clés, suscitant un engagement qui laisse présager des changements de comportement (bien que des recherches beaucoup plus approfondies soient nécessaires pour clarifier le rôle, le cas échéant, que les médias sociaux peuvent jouer dans la réalisation de ces changements).

Alors que le COVID-19 continue d’affecter des vies dans le monde entier, l’adaptation à la pandémie signifie différentes choses pour différents contextes. Des recherches plus approfondies permettront de préciser quelles modifications sont les plus efficaces. En effet, A&T et ses partenaires ont modifié certaines activités de recherche sur la mise en œuvre pour savoir quelles pourraient être ces adaptations.